Parc amazonien de Guyane
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La flore

La forêt tropicale est l’un des milieux dont la richesse biologique est la plus forte au monde. Ce milieu recouvre la plupart du territoire du Parc amazonien de Guyane où l’on estime entre 4 et 5 000 espèces le nombre de plantes vasculaires présentes (dont plus de 1000 arbres), soit un dixième de la biodiversité végétale mondiale.

La flore du parc est caractéristique du Plateau des Guyanes et présente ainsi des similarités avec celle de l’Amapá (Brésil), du Suriname et du Guyana. On peut souligner ici l’abondance des palmiers de sous-bois comme une forte caractéristique de la physionomie de la flore forestière.

Cette biodiversité floristique a une répartition assez hétérogène : un petit nombre d’espèces est représenté par un grand nombre d’individus alors qu’un grand nombre d’espèces n’est représenté que par quelques individus.
Ainsi, sur une surface de 7 ha de forêt guyanaise, on a compté 4.295 arbres de plus de 10 cm de diamètre, répartis en 411 taxons, dont la moitié n’était représentée que par un individu.

Geonoma umbraculiformis © Seb Sant PAG
Astrocaryum paramaca © Seb Sant PAG
Palmier de sous-bois © G. Feuillet PAG

 

Flore forestière

La richesse de cette biodiversité floristique est directement liée à l’existence de nombreux types de forêt dont les différences de structure et de composition dépendent de facteurs multiples. Leur composition peut correspondre à des faciès géographiques caractérisés la prépondérance de grandes familles botaniques (faciès à Burseraceae, à Caesalpiniaceae, à Lecithydaceae, forêts à lianes…).

Ainsi, le sud de la Guyane, au climat plus sec, diffère du nord par des forêts moins denses (nombreuses ouvertures peuplées de lianes et de bambous), une forte abondance de la famille des Burseraceae (famille des « encens »), la présence de vastes étendues où la canopée est hérissée d’arbres morts (ce sont des individus de différentes espèces de Tachigali – les « tasi », qui sont morts après une forte fructification).

En règle générale, la typologie des forêts dépend en grande partie des sols, de la roche-mère et des formes de reliefs. 

La flore forestière s’offre devant vous comme une véritable mosaïque à déchiffrer : arbres de diverses statures, arbustes du sous-bois, lianes, hémi-épiphytes et épiphytes, herbacées, saprophytes.

 

Lecythidaceae © Emeric Auffret / PAG
Bambou © Guillaume Feuillet / PAG
Epiphyte © Guillaume Feuillet / PAG

 

Diversité floristique

Chaque étage de la forêt depuis la litière et le sous-bois jusqu’en canopée, présente des caractéristiques floristiques propres. La diversité floristique est en effet liée également aux conditions environnementales qui évoluent au gré des différents étages de la forêt.

Dans le sous-bois, les plantes développent des stratégies leur permettant de vivre avec parfois moins de 1% de la lumière du rayonnement solaire. Dans ces conditions de faible luminosité beaucoup de plantes, dites sciaphiles, poussent lentement. D’autres puisent leur énergie dans la matière organique du sol (ce sont des saprophytes), elles épanouissent à la surface leurs fleurs aux couleurs vives (Voyra spp.) et ont réduit leur feuilles à de minuscules écailles. Au niveau de la litière également, les champignons jouent un rôle écologique important.

Champignons © Guillaume Feuillet / PAG
Voyria caerulea -Saprophyte © Seb. Sant PAG
Peperomia emarginella © Seb Sant PAG

Ce rez-de-chaussée est recouvert d’un premier étage dense de buissons et de petits arbres s’élevant jusqu’à 15 mètres. Il s’agit de juvéniles d’arbres de la canopée qui attendent une ouverture, mais aussi d’espèces de sous-bois qui, ayant déjà atteint leur stade adulte, portent déjà fleurs et fruits. L’humidité ambiante favorise le développement de mousses et de lichens qui s’installent parfois à la surface des feuilles, ce sont alors des épiphylles.

Fruits astrocaryum paramaca © Seb. Sant PAG

 

C’est là que les promeneurs contemplent les gigantesques troncs d’arbres cannelés, fenestrés, lisses, équipés de contreforts ou de racines-échasse. Les lianes s’éloignent dans les hauteurs. Les palmiers, comme le counana (Astrocaryum paramaca) sans tige aérienne, accumulent les feuilles mortes dans l’entonnoir formé par leurs palmes et constituent ainsi leur propre compost (d’où leur surnom de "palmier-poubelle"). Certaines plantes épiphytes comme Philodendron insigne utilisent le même système le long des troncs d’arbre.

Au dessus de cet étage dense de petits arbres, les conditions microclimatiques changent : la luminosité et les températures augmentent alors que l’humidité diminue, jusqu’à atteindre les conditions du plein découvert.

Entre 15 et 30m, on trouve un étage intermédiaire de houppiers d’arbres frêles encore immatures et peu ramifiés : ce sont les arbres d’avenir. Ils peuvent attendre leur heure longtemps avant qu’une trouée opportune leur permette de croître et de s’épanouir. Ainsi, l’âge d’un arbre n’est pas rapport à sa taille : il existe de petits vieux et de grands jeunes.

Les plantes mobiles (comme la liane-franche Heteropsis jenmanii) sont assez fréquentes dans cette zone assez claire.

 

La canopée

La canopée enfin étale son dense tapis à une distance située entre 30 et 40m du sol. Elle est formée des couronnes ramifiée des arbres « du présent » (en opposition aux arbres juvéniles du sous-bois, cités précédemment), auxquelles s’ajoutent les houppiers des lianes. Les branches sont parfois couvertes de plantes épiphytes, utilisant les branches comme simple support, à l’inverse des parasites.  Les épiphytes « strictes » étant dépourvues de racines plongeant dans le sol humide, leurs feuillages se sont adapté à la sécheresse : feuilles vernissées ou épaisses, réserve d’eau, plantes grasses comme la cactée Epiphyllum phyllanthus.

On trouve ici quelques hémi-épiphytes : des végétaux nés épiphytes qui émettent des racines jusqu’au sol pour développer leur houppier à la façon d’un arbre sans avoir eu à ériger un tronc (Clusia, certains philodendrons). 

On observe parfois dans les houppiers (notamment chez les Vochysiaceae), des phénomènes de "timidité de cimes" : les couronnes des arbres y compris celles des grosses branches semblent s’éviter et se délimiter un territoire, rappelant la conformation d’un chou-fleur.

La saisonnalité est marquée au niveau de la canopée : en Guyane, la saison sèche correspond à la saison des floraisons pour la majorité des arbres, tandis que la saison des pluies est la saison des fruits.

C’est généralement l’inverse pour les plantes herbacées du sous-bois (Heliconiaceae, Marantaceae…) qui fleurissent préférentiellement en saison des pluies.

Certains arbres jouent un rôle clé : en fructifiant à contresaison comme les Ficus ou la bagasse, ils permettent la subsistance de nombreux animaux.

 

 

Une forêt en mouvement

Par ailleurs, la forêt est dynamique. Les chablis (chutes d’arbre), moteurs de la régénération naturelle, couvrent environ 1% de la surface forestière tous les ans. Ils se produisent à la faveur d’événements climatiques (en particulier les premières fortes pluies en fin de saison sèche) et laissent place à une succession de plusieurs types de végétation.

L’espace dégagé est d’abord colonisé par de denses fourrés de lianes associés à des arbres d’espèces pionnières comme les bois canon (Cecropia spp.). Ces espèces produisent de nombreuses petites graines qui entrent en dormance et s’accumulent dans le sol, attendant le moment propice pour germer (banque de graines du sol). Les plantules sont héliophiles, leur croissance est rapide. Les arbres formés ont un bois blanc et tendre, un port peu ramifié et une faible longévité (20 à 30 ans). Ces forêts sont basses et comptent de nombreux troncs de petits diamètres.

Viennent ensuite des espèces cicatricielles ou nomades comme la bagasse (Bagassa guianensis), le bois-caca (Goupia glabra) ou le carapa (Carapa guianensis). Héliophiles à croissance moins rapide, elles poussent sous les espèces pionnières et finissent par les supplanter. Leurs feuilles sont plus petites, leur bois plus dense, leur floraison plus tardive et saisonnière, et leur vie plus longue.

On compte parmi elles de nombreuses essences d’intérêt technologique comme l’angélique (Dicorynia guyanensis) ou le gonfolo rose (Qualea rosea). C’est le faciès forestier le plus fréquent. Il permet au sous-bois de se développer et à la végétation de se structurer.

Enfin s’installent les dryades, espèces de forêt âgée à floraison tardive et rythmique (boco - Bocoa proacensis, wacapou - Vouacapoua americana, amourette – Brosimum guianense…). Leurs graines grosses et peu nombreuses, germent vite à faible distance du semencier, d’où la grégarité des populations. Les plantules poussent lentement à l’ombre.

Les arbres ont généralement un bois dur coloré, vivent longtemps et produisent des substances toxiques. À ce stade, la forêt présente un sous-bois plutôt clairsemé et des fûts de large diamètre.

La forêt prend ainsi la forme d’une mosaïque où se jouxtent de petites surfaces de forêt d’âge, de structure et de flore différentes ; les formes les plus fréquentes étant les phases intermédiaires. Le massif forestier présente alors une dynamique temporelle qui, à un instant donné, confère une impression de grande hétérogénéité.

Enfin signalons que la flore du parc amazonien s’enrichit encore de la présence d’habitats particuliers et de formations végétales originales : savanes-roches d’inselberg, florule des sauts rocheux, cambrouzes, etc.

Pitcairnia sastrei © Seb Sant PAG
Tronc du Vouacapoua americana © Seb Sant -PAG
Salade coumarou (mourera fluviatilis) - Saut Macaque, crique Waki, Guyane Fr. © G. Feuillet PAG
Le peuplement arborescent

Les arbres sont par leur taille, leur volume et leur abondance l’élément le plus structurant de la forêt. Leur présence s’impose d’emblée au regard, contrairement à celle des autres végétaux, de taille plus modeste, qui passent parfois inaperçus. Les arbres constituent également la part la plus importante de la biomasse forestière avec près de 350 tonnes de matière sèche par hectare de forêt.

Le Parc amazonien abrite environ 1200 espèces d’arbres sur les 1700 estimées en Guyane. Un seul hectare de forêt renferme fréquemment plus d’espèces d’arbres différents que n’en comporte toute la flore de l’hexagone.

Leur diversité combine les constantes floristiques souvent communes avec celles du bassin amazonien et des particularités locales.

Les familles les plus représentées en nombre d’espèces d’arbres sont : Lecythidaceae (famille de « l’arbre à boulets de canon ») ; Sapotaceae (famille de la sapotille) ; Fabaceae ou Légumineuses (famille du wacapou) ; Burseraceae (famille des bois encens) ; Chrysobalanaceae (famille de la graine roche) ; Lauraceae (famille de la feuille d'argent).